Les secrets d’un directeur de collection

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Chaque mois, les Éditions Mardaga vous présentent un de ses directeurs de collection. À travers une interview dans laquelle ils se dévoilent, vous plongerez dans cette activité atypique qu’est le choix des auteurs, des manuscrits, mais pas seulement… En ce mois de mars, c’est le professeur Pierre Philippot qui se prête à l’exercice.

Pierre Philippot est docteur en psychologie, formé à l’Université catholique de Louvain et à l’Université de Massachusetts (USA).  Après un parcours de recherche comme chercheur qualifié et maître de recherche au FNRS, il a été nommé professeur de Psychologie à l’Université catholique de Louvain, dont il a présidé l’Institut des Sciences Psychologiques (www.uclouvain.be/ipsy).  Ses enseignements sont centrés sur les émotions et leurs rôles en psychopathologie et en psychothérapie. Il dirige actuellement la formation en psychothérapie au sein de sa Faculté. Il y a également fondé un service de consultations psychologiques spécialisées dans les troubles émotionnels (www.cps-emotions.be). Ses activités de recherche au sein du laboratoire de psychopathologie expérimentale (www.uclep.be) concernent la régulation des émotions et le traitement de l’information émotionnelle dans une double perspective de recherche fondamentale et de recherche clinique.  Au niveau fondamental, les principaux domaines étudiés sont la mémoire de l’émotion et ses liens avec l’identité, le rôle des modes de traitement de l’information dans la régulation des émotionnelle et l’implication des processus exécutifs dans la régulation des émotions, et la perception des signaux non-verbaux émotionnels (attention, évaluation). Ces mêmes questions sont abordées au niveau clinique, principalement dans des populations présentant des troubles de l’humeur (anxiété, dépression). Il mène également des recherches sur les interventions cliniques basées sur la pleine conscience, un domaine de pratique qu’il a introduit dans le monde francophone.  

  1. Pourquoi avez-vous décidé de devenir directeur de collection chez Mardaga ?

J’ai accepté de devenir directeur de collection chez Mardaga car j’y ai vu une belle opportunité d’apporter quelque chose de différent dans le monde des publications en psychologie clinique. Je souhaitais ouvrir le monde de l’édition à des approches empiriquement fondées et que les connaissances scientifiques percolent vers le monde des praticiens. Grâce à ce poste, j’ai pu ouvrir mon horizon et secouer les idées reçues.

  1. Le directeur de collection a une place particulière dans une maison d’édition. Pour vous, quelles sont les qualités principales pour remplir au mieux cette fonction ?

Le poste de directeur de collection est une place particulière au sein d’une maison d’édition. Tout en finesse et diplomatie, il permet de faire le lien entre les éditeurs et les auteurs et souvent amener ces derniers à retravailler leur manuscrit. Mais sa tâche ne s’arrête pas là, un directeur de collection a également l’obligation de s’impliquer dans le monde des pratiques liées à son domaine, de s’intéresser, d’être intrigué par de nouveaux sujets. Fin diplomate, il doit également avoir du nez pour dénicher des sujets novateurs, qui inspireront l’auteur, l’éditeur, mais surtout le lecteur.

  1. Mardaga existe depuis plus de 50 ans, pour vous, qu’elles sont les forces d’une telle maison d’édition ?

Mardaga s’est ancré dans le milieu scientifique et universitaire avec un catalogue riche et sérieux. Grâce à sa volonté de perdurer dans le temps, cette maison a développé des ouvrages fondamentaux qui s’adressent autant aux lecteurs universitaires qu’à un public moins averti. De plus, l’intelligente collaboration établie avec ses différents directeurs de collection permet d’étoffer ce catalogue de qualité.

  1. Les bons auteurs sont, également, la force des maisons d’édition, quelles sont les qualités d’un auteur Mardaga ?

Il n’y a pas de schémas type pour les auteurs Mardaga, ils ont cependant, pour moi, quelques points en communs : une volonté de traduire des connaissances scientifiques et d’avant garde pour un public plus large, transmettre du contenu pointu et rigoureux tout en utilisant des termes accessible au non-spécialiste. Un auteur Mardaga est un écrivain qui se base sur du contenu de qualité scientifique et qui arrive à partager ce savoir avec des lecteurs de tous rangs. Une qualité tout aussi essentielle est pour moi qu’un auteur Mardaga doit être un empêcheur de tourner en rond, quelqu’un qui va secouer les idées reçues et faire naître un questionnement chez son lecteur.

  1. De façon, plus personnelle, qu’est-ce qui fait que votre cœur penche plus vers tel ou tel manuscrit ?

Un manuscrit novateur, provocateur, qui va à contre-courant attire d’emblée mon attention. Ce sont pour moi, ce genre d’ouvrage qui permet de faire avancer les choses. Comme dit plus haut, les empêcheurs de tourner en rond suscitent le questionnement et permettent d’aller plus loin dans notre raisonnement. Il faut toutefois que ces manuscrits soient ancrés au niveau de la recherche avec un discours qui permet de se faire comprendre par tous.

  1. Mardaga, entre autres, s’est engagée dans le virage numérique en proposant à ses lecteurs une version eBook de ses ouvrages. Comment imaginez-vous le livre dans 50 ans ?

Cette question est bien plus actuelle qu’il n’y parait. Même si, de mon point de vue, la notion de beaux livres ne disparaissait pas, la façon de structurer la connaissance tout comme son acquisition est en proie à un changement. Le livre tel qu’on le connait tend vers une certaine évolution. En effet, avec la digitalisation de notre société, leBook apporte des alternatives de lectures et de nouvelles opportunités, que le papier ne peut pas se permettre. Le format digital permet d’appréhender la lecture et la compression du texte de façon nettement moins linéaire. Il offre une plus grande malléabilité et refonte plus facile du contenuLes versions papier que l’on connait actuellement ne disparaîtront pas tout à fait, mais seront utilisées pour des livres de grande qualité avec des illustrations hors commun. Les autres formats tendront à se métamorphoser en format digital.

  1. Lors de la création de vos ouvrages, où cherchez-vous l’inspiration ?

C’est un processus itératif dans lequel plusieurs facteurs rentrent en compte et qui crée un mélange fertile. Les lectures de multiples ouvrages et les échanges avec certains collègues sur des projets de recherches, mais plus largement sur diverses idées scientifiques et culturelles sont le terreau qui crée un mélange fertile pour réaliser mon futur ouvrage. Une étape importante également dans la création est la décantation des idées à travers des activités d’extérieurs comme la course à pied et le jardinage qui permettent d’atteindre un état de cristallisation des idées.

  1. Pour finir, que lisez-vous en ce moment ?

Actuellement, je suis plongé dans « Les sirènes de Bagdad » de Yasmina Khadra et « L’homo Deus » de Yuval Noah Harari. Yuval Noah Harari dresse une projection de l’humanité étonnante. De façon plus générale, j’ouvre toujours avec plaisir un bon polar.