Les années à venir nous réservent encore du grand journalisme

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Ce mercredi 24 octobre, nous avons assisté au débat organisé par le Press Club Brussels Europe entre Jean-Paul Marthoz et José-Alain Fralon. Les deux journalistes ont puisé dans leur expérience pour répondre à une question volontairement impertinente : le bon journalisme est-il déjà mort ? La rencontre était modérée par Maroun Labaki, journaliste et président du Press Club.

Des conditions de production de l’information en constante évolution

Le ton est donné dès les premiers instants. « Non, le bon journalisme n’est pas mort. » C’est sur ces mots que Maroun Labaki lance le débat.

Pour José-Alain Fralon, auteur de l’ouvrage Le journalisme avant Internet paru aux Éditions La Tengo, c’est d’abord le rapport au temps qui a changé. « On n’imagine plus prendre des mois pour produire une reportage à l’étranger ». La rapidité avec laquelle une information parvient du terrain à la rédaction, puis au lecteur semble avoir considérablement modifié les conditions de travail des journalistes et reporters de terrain. Il souligne au passage l’évolution favorable de la presse en ligne, qui propose de plus en plus de contenus dignes de la presse papier.

Un constat que partage Jean-Paul Marthoz, auteur du livre En première ligne. Le journalisme au cœurs des conflits, coédité par le GRIP et les Éditions Mardaga. Il souligne par ailleurs une évolution des conditions d’accès à l’information et aux acteurs de terrain, dont les convictions divergent souvent. Dans son travail, un journaliste se doit d’interroger partisans et opposants. Or, dans le cas de reportages en zone de conflit, l’auteur constate qu’il est de plus en plus difficile d’accéder simultanément à des groupes qui défendent des enjeux opposés sans risquer sa vie.

Le danger s’est déplacé

« Seule une petite proportion des journalistes tués depuis 1992 l’ont été dans des zones de guerre, le reste dans des zones mafieuses, en Europe. »

Selon les derniers chiffres publiés par Reporters Sans Frontières, 65 journalistes ont été tués en 2017, dont 35 en zone de guerre et 30 en zone de paix. 58 d’entre eux ont été tués dans leur pays d’origine. 39 ont été tués parce qu’ils exerçaient ce métier, 26 sont morts sur le terrain, dans l’exercice de leurs fonctions. « Seule une petite proportion des journalistes tués depuis 1992 l’ont été dans des zones de guerre, le reste dans des zones mafieuses, en Europe », affirme Jean-Paul Marthoz.

Pour ce dernier, le travail à fournir contre l’impunité des crimes commis contre les journalistes ne doit pas venir uniquement des associations de journalistes. « Une des thèses de mon livre est d’affirmer l’indépendance du journaliste par rapport au pouvoir, et par rapport au pouvoir de son propre pays ». Un changement du système est nécessaire, notamment en matière de régulations, de lutte contre le blanchiment et contre la corruption.

Tous journalistes ?

« À part Tintin, il n’y a pas de grand reporter. »

Journaliste citoyen, lanceur d’alerte, fake news, blogueur, communicant,… Ces termes trouvent un certain écho dans la presse et sur les réseaux sociaux. Comment devient-on journaliste ? Faut-il placer des barrières bien hermétiques et protéger la profession, ou plutôt permettre au terme, et à son sens, de se métamorphoser ? « À part Tintin, il n’y a pas de grand reporter », ajoute José-Alain Fralon, pour qui la distinction petit ou grand n’a pas lieu d’être.

Mais qui donc est journaliste ? Une question essentielle posée par Jean-Paul Marthoz qui en illustre la complexité par un exemple édifiant : « Il y a de plus en plus de personnes qui commettent des actes de journalisme (par exemple les chercheurs qui accompagnent des missions humanitaires sur le terrain, ndlr). Leur travail respecte les mêmes critères : liberté, indépendance, recoupement de l’information. Ils informent avec la même rigueur ».

L’objectivité serait-elle alors un critère-clé pour distinguer un bon d’un mauvais journaliste ? Selon José-Alain Falon, il n’y a pas d’objectivité. L’essentiel réside dans l’honnêteté et l’humilité d’un journaliste dans la réalisation de ton travail.

Communication et journalisme, ennemis éternels ?

Cette question a suscité de nombreuses réactions dans l’audience et parmi le panel d’intervenants. Selon Jean-Paul Marthoz, « la présence de la communication dans le journalisme est un danger », alors que pour José-Alain Fralon, il faudrait distinguer écoles de communication et écoles de journalisme. Des avis à nuancer, précise Maroun Labaki : « Il est pertinent d’utiliser intelligemment les outils de la communication en journalisme ».

Des pistes pour l’avenir

« Il faut un journalisme qui corresponde au monde actuel. Un journalisme global, pour un monde global. »

Assurer la survie d’un bon journalisme sera possible, selon Jean-Paul Marthoz, à condition d’explorer trois pistes et d’insister sur leur réalisation : trouver des modes de financement hybrides ; lutter pour une meilleure régulation fiscale, notamment au sujet des GAFAM (Google, Amazon, Facebook, Apple, Microsoft) ; être offensif dans la manière de faire du journalisme. Il affirme : « Il faut un journalisme qui corresponde au monde actuel. Un journalisme global, pour un monde global ».

José-Alain Fralon signe le mot de la fin : « Il y a du travail, mais cela reste le plus beau métier du monde ».


Pour aller plus loin

Conférences et rencontres

Dates à venir

 

 

En première ligne – Le journalisme au coeur des conflits, Jean-Paul Marthoz.

Éditions Mardaga et GRIP | ISBN : 978-2-8047-0410-0

Broché 272 pages | 17,90 €

25 octobre 2018|Débat|