Envisager le vivant comme un enjeu socio-écologique

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Spécialisée en psychologie du développement, Florence Labrell s’intéresse à l’environnement social de l’enfant : les parents, les contributions paternelles au développement précoce ou encore le milieu scolaire. L’auteure, dont l’objectif est de comprendre certaines bases des apprentissages, s’inscrit dans une optique constructiviste. Depuis quelques années, elle s’intéresse également au développement de l’enfant en situation de handicap, en fonction du contexte d’apprentissage, plus ou moins capacitant, dans lequel il évolue.

Nous lui avons posé quatre questions pour cerner son ouvrage, L’enfant et le vivant. Vers une éducation à une nouvelle écologie, paru en octobre dans notre collection PSY – Théories, débats, synthèses.

Votre ouvrage est construit en quatre parties. Pouvez-vous en tracer les grandes lignes ?

La première partie présente ce qu’on connait actuellement du développement conceptuel de l’enfant en relation avec les choses vivantes, ses raisonnements et conceptions telles qu’elles ont été étudiées dans les sociétés occidentales, principalement urbanisées.

Dans la deuxième partie, j’ai voulu dresser un portrait des connaissances enfantines relatives à plusieurs propriétés des êtres vivants, comme grandir, vieillir, manger, être malade, mourir. Je me suis appuyées sur des études menées sur des enfants occidentaux et non occidentaux, de façon à montrer les variations, notamment culturelles et environnementales, entre les connaissances. Cela permet de montrer que le point de vue des enfants des villes, souvent centré sur les seuls êtres humains, n’est pas universel.

L’enfant n’est pas une « terre vierge », il possède tout un ensemble de conceptions du monde qui l’entoure, parfois correctes, mais aussi souvent erronées, en lien avec l’âge notamment.

La troisième partie est celle qui concerne véritablement les apprentissages du vivant réalisés par les enfants, et à partir de quelles bases ils sont faits : les parents, l’environnement, la culture. J’y présente également comment des expériences pédagogiques basées sur les connaissances des enfants sont plus favorables à leurs apprentissages du vivant, surtout si le seul point de vue de l’espèce humaine n’est pas envisagé.

Dans la quatrième partie, le modèle d’une Nouvelle Ecologie, qui s’appuie sur la prise en considération de l’ensemble des éléments vivants et non vivants, est présenté, sur des bases scientifiques. On considère ici que le système du vivant n’est pas seulement biologique, mais qu’à l’ère actuelle de l’anthropocène *, il faut l’envisager comme socio-écologique et donc éduquer les enfants dans cette perspective.

Quel processus vous a poussée vers l’écriture de votre livre ? Pourquoi aborder ce sujet précisément ?

Grâce à un financement de l’Agence Nationale de la Recherche, j’ai pu réaliser plusieurs études qui ont montré, notamment, que les enfants mettaient du temps à comprendre que les plantes sont vivantes, au même titre que les animaux. Mais j’ai aussi appris, au travers de mes lectures et de mes expériences auprès d’enfants vivant en campagne, que certaines connaissances sont basées sur des pratiques, un environnement.

Les enfants mettent du temps à comprendre que les plantes sont vivantes, au même titre que les animaux.

Il me semblait aussi important de pouvoir croiser les connaissances actuelles sur les conceptions biologiques de l’enfant à celles sur la science écologique contemporaine en vue d’une réflexion sur les pratiques pédagogiques liées à l’enseignement du vivant.

Comment s’inscrit votre ouvrage dans le champ de la recherche actuelle ?

Le point de vue adopté dans l’ouvrage est l’articulation entre les recherches actuelles sur les conceptions enfantines et les avancées en matière de pédagogie active. Il montre que les recherches fondamentales sur le développement cognitif de l’enfant peuvent s’actualiser dans des pratiques pédagogiques qui ont fait leurs preuves, et motivent les enfants. Enfin, des travaux récents en écologie sur l’ère de l’anthropocène justifient un modèle socio-écologique de la Nouvelle Ecologie.

On n’est pas dans une considération de surface, dans l’air du temps, mais bien face à une nécessité de changements de comportements économiques, écologiques, et en matière d’éducation.

Après la lecture de votre livre, dans quelle(s) direction(s) peut se diriger le lecteur ?

Considérer la Nouvelle Ecologie comme mode d’appréhension du monde est une révolution mentale, une prise de conscience fondamentale. On n’est pas dans une considération de surface, dans l’air du temps, mais bien face à une nécessité de changements de comportements – économiques et écologiques – et dans le cas présent, d’éducation. Les enfants, comme les adultes, sont les membres du système du vivant et, à ce titre, acteurs de la gestion environnementale, de la consommation, du développement durable. L’enseignement à la biologie, aux sciences du vivant doit impliquer les apprenants que sont les enfants dans des actions concrètes et visibles, qui les motivent. Les parents, la communauté le cas échéant, ont des responsabilités dans cette éducation car la Nouvelle Ecologie ne s’enseigne pas qu’à l’école mais se pratique aussi au quotidien.

*  L’anthropocène ou l’ère de l’Homme, marque le moment où l’activité humaine a commencé à avoir un impact irréversible sur l’écosystème terrestre.


Pour aller plus loin

 

 

L’enfant et le vivant. Vers une éducation à une nouvelle écologie, Florence Labell

ISBN : 978-2-8047-0636-4

Broché 154 pages | 21,90 €

9 novembre 2018|Un auteur un sujet|