Les secrets d’un directeur de collection

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Chaque mois, les Éditions Mardaga vous présentent un de ses directeurs de collection. À travers une interview dans laquelle ils se dévoilent, vous plongerez dans cette activité atypique qu’est le choix des auteurs, des manuscrits, mais pas seulement… En ce mois de mai, c’est le professeur Xavier Seron qui se prête à l’exercice.

Xavier Seron est né à Tamines en 1944, après une licence en psychologie, reçoit le titre de docteur en psychologie de l’Université de Liège en 1975. Après une formation en neuropsychologie clinique et expérimentale acquise à l’Hôpital Cantonal de Genève et à l’Hôpital de la  Salpétrière à Paris, il a été nommé assistant à l’Université de Liège et ensuite Chargé de cours, puis Professeur à l’Université catholique de Louvain. Il y a créé la première unité de recherche en Neuropsychologie Cognitive à la Faculté de Psychologie et le Centre de Revalidation Neuropsychologique au sein du service de neurologie des Cliniques Universitaires Saint Luc à Woluwé. Avec une équipe de chercheurs et de cliniciens il a créé en Belgique le premier programme universitaire consacré à la neuropsychologie. Ses recherches ont principalement porté sur la revalidation des troubles cognitifs chez les patients victimes de lésions cérébrales et sur les bases neuronales et fonctionnelles de la  cognition numérique et des troubles acalculiques. Auteur de plus de 250 articles scientifiques, le Professeur Seron a également signé de nombreux ouvrages et manuels sur le cerveau et sur la neuropsychologie humaine. Il sera membre fondateur à Paris et plus tard Président de la Société de Neuropsychologie de langue française. Ses travaux de recherche ont été récompensés par le Prix Quinquennal Ernest-John Solvay du FNRS en 2000. Élu membre de L’Académie royale de Belgique, Xavier Seron est docteur honoris causa de l’Université de Genève et de l’Université de ToulouseIl travaille aujourd’hui comme expert-neuropsychologue dans le domaine médico-légal. Il est collaborateur scientifique pour la psychologie à l’Encyclopédia Universalis depuis 2014 et il dirige actuellement avec Marc Richelle chez Mardaga la collection PSY-Théories, débats, synthèses.

  • Pourquoi avez-vous décidé de devenir directeur de collection chez Mardaga ?

Lorsque je suis entré chez Mardaga comme directeur de collection, je connaissais Pierre Mardaga depuis plusieurs années, et le tout premier chapitre de livre que j‘ai écrit c’était dans le Manuel de Psychologie publié chez Mardaga. Rédigé par une équipe de jeunes auteurs, ce Manuel sorti en 1988 avait été le fruit d’une construction collective soigneusement dirigée par Remy Drooz et Marc Richelle. C’est à l’occasion de ce travail collégial d’écriture que j’ai pris conscience de la pauvreté des publications de langue française consacrée à la psychologie scientifique et en conséquence de l’importance qu’il y avait à participer à un travail de vulgarisation de qualité. Ainsi, lorsque plusieurs années plus tard, Marc Richelle et Pierre Mardaga m’ont demandé de les rejoindre, je n’ai pas hésité un instant. Mardaga représentait un lieu d’édition ouvert à une présentation critique des connaissances en psychologie et un espace de réflexion non intellectuellement asservi aux approches cliniques et théoriques d’inspiration analytique qui étaient encore à l’époque très largement dominantes chez la majorité des éditeurs français.

  • Le directeur de collection a une place particulière dans une maison d’édition. Pour vous, quelles sont les qualités principales pour remplir au mieux cette fonction ?

En premier, il s’agit bien sûr de repérer quelles sont les avancées, les débats, les courants théoriques et les nouvelles pratiques  qui surgissent dans notre discipline et quelles sont les personnes qui portent ces évolutions. Il faut ensuite contacter des auteurs potentiels et les convaincre d’écrire un livre. Ceci n’est pas une tâche facile, car dans le domaine de la psychologie, la plupart des académiques et des chercheurs préfèrent écrire des articles dans des revues scientifiques à réputation internationale et s’y exprimer en anglais plutôt que de passer du temps à écrire un livre pour le public francophone. Il faut enfin, et c’est sans doute la tâche la plus ardue, accompagner l’écriture du livre ; amener l’auteur spécialiste d’un domaine à ouvrir son champ d’expertise au grand public, à exposer dans un langage accessible les connaissances et les pratiques qu’il maîtrise sans en réduire la complexité et sans négliger de signaler l’étendue de nos incertitudes.

  • Mardaga existe depuis plus de 50 ans, pour vous, qu’elles sont les forces d’une telle maison d’édition ?

Les atouts de Mardaga sont nombreux, mais  tout le monde s’accorde en priorité sur la rigueur du propos, le sérieux des informations fournies et la clarté des ouvrages produits.  Un autre point fort de la Maison est la diversité des auteurs. A côté d’ouvrages fondamentaux écrits par des auteurs connus, le catalogue est toujours resté ouvert aux jeunes auteurs issus des différents horizons de la psychologie. Cette tendance à l’ouverture n’a fait que s’affirmer au cours des années récentes grâce à la création des sous-collections thématiques.

  • Les bons auteurs sont, également, la force des maisons d’édition, quelles sont les qualités d’un auteur Mardaga ?

La solidité de scientifique des contenus, le regard critique et la clarté de l’écriture.

  • De façon, plus personnelle, qu’est-ce qui fait que votre cœur penche plus vers tel ou tel manuscrit ?

Plusieurs dimensions interviennent dans mon jugement : l’originalité du propos, l’accessibilité du texte et le regard critique. En ce qui concerne l’originalité des textes, on pourrait écrire l’histoire de quelques publications qui ont jalonnés l’histoire des éditions Mardaga à propos de sujets aussi divers que le regard critique sur psychanalyse freudienne, l’avènement des méthodes comportementales en psychothérapie, le regard de la psychologie sociale  sur l’activité du psychologue, l’homosexualité, le rôle du psychologue, les conceptions contemporaines du vieillissement ou de l’autisme … Sur tous ces sujets et sur quelques autres, Mardaga a publié des textes qui ont suscité le débat au sein de la communauté des psychologues et plus largement au sein de la communauté des lecteurs. En publiant des textes bien documentés, présentant des thèses originales, minoritaires ou inattendues une Maison d’Edition va au delà de son rôle d’information, elle contribue activement au débat scientifique. Mon souhait le plus vif est que nous continuions à recevoir comme par le passé des textes suffisamment intelligents et novateurs.

  • Mardaga, entre autres, s’est engagée dans le virage numérique en proposant à ses lecteurs une version ebook de ses ouvrages. Comment imaginez-vous le livre dans 50 ans ?

En répondant à cette question, je suis dans mon bureau entouré de livres papiers, mais un ordinateur trône aussi au centre de la pièce, et lorsque j’écris je vais de l’un à l’autre : d’un article pdf affiché sur l’écran de l’ordinateur  à un livre posé sur l’étagère et qui attend que je l’ouvre à une page que j’avais annotée il y a quelques mois. J’appartiens à une génération qui a le sentiment d’avoir été marquée par la lecture de quelques livres papiers essentiels  (Biological Foundation of Language, Higher Cortical Functions, From Neuropsychology to Mental Structures, Modularity of Mind, Deep Dyslexia, …). Ces livres, je les ai annotés, ouverts et relus mille fois et ce compagnonnage physique je ne l’ai à ce jour pas entrepris avec l’Ebook. J’avoue ainsi, n’avoir pas d’idée précise sur ce que sera le livre dans 50 ans. Aujourd’hui en tout cas le livre papier cohabite toujours avec l’Ebook. Mais le temps avance et des pratiques différentes de lecture et de consultations des sources se mettront sûrement en place.

  • Lors de la création de vos ouvrages, où cherchez-vous l’inspiration ?

Lorsque je suis auteur d’un livre, la question principale que je me pose n’est pas celle de l’inspiration, car après tout nous avons l’habitude d’écrire sur des sujets que nous connaissons. Les questions importantes préalable à l’écriture d’un livre consistent à juger de l’utilité de s’engager dans un travail d’écriture, à cerner ensuite les limites du sujet que l’on entend développer et enfin à déterminer le plus clairement possible le public auquel il est destiné. Il va de soi que la pratique de l’enseignement joue un rôle capital dans l’écriture. Les livres que nous écrivons, nous les avons enseignés d’abord.

  • Pour finir, que lisez-vous en ce moment ?

En ce moment je termine avec difficulté un polar suédois qui m’a déçu (ambiance trop dépressive) et je me régale de la Saga de GRIMR de Jérémie Moreau un conte, un destin poétique, un voyage coloré au cœur de l’Islande.