Les secrets d’un directeur de collection

Accueil » Actualités » Les secrets d’un directeur de collection

Chaque mois, les Éditions Mardaga vous présentent un de ses directeurs de collection. À travers une interview dans laquelle ils se dévoilent, vous plongerez dans cette activité atypique qu’est le choix des auteurs, des manuscrits, mais pas seulement… En cette fin juin, c’est le docteur Frédéric Thys, à la tête de la collection Santé en Soi,  qui se prête à l’exercice.

………………………..

Frédéric Thys, né à Liège la même année que les éditions Mardaga, est médecin spécialiste (médecine interne et médecine d’urgence), docteur en sciences médicales (PhD) et professeur à la faculté de médecine et de santé publique de l’université de Louvain en Belgique (UCL). Il a également plusieurs certificats dans le domaine du management et de la gestion hospitalière. Il a été formé à l’hôpital cantonal universitaire de Genève.

Ses principaux centres d’intérêts et de recherches sont le développement de méthodes de diagnostics et de traitements non invasifs dans le cadre de la médecine d’urgence et de la prise en charge de patients en détresse respiratoire aigüe, la qualité de soins et l’éthique dans le domaine médical.

Anciennement chef de service des Urgences et directeur médical adjoint aux Cliniques universitaires Saint-Luc à Bruxelles, il est actuellement chef du pôle d’appui clinique aigu et directeur des Urgences du Grand Hôpital de Charleroi, professeur à l’Université catholique de Louvain et responsable de la formation continue à l’UCL Woluwe. Il participe à plusieurs programmes universitaires de formation en Belgique et à l’étranger. Il est investi dans plusieurs sociétés savantes internationales.

Ses titres et travaux contiennent une centaine de publications scientifiques et il est coauteur d’un livre sur la recherche clinique. Il a été fortement investi dans le développement de la recherche dans la médecine d’urgence. Il a reçu plusieurs prix et distinctions et a été désigné en 2015 Cochrane Pec Major Contributo par ses pairs de la Cochrane.

Il a également publié un recueil de poésie en 2007, réédité en 2011, et a une vie de passions en dehors de la médecine.

……………………….. 

 

Pourquoi devenir directeur de collection chez Mardaga ?

Tout d’abord, j’ai été surpris d’être sollicité pour ce rôle. Mais bien vite, en tant que médecin préoccupé par la qualité de l’information de santé dispensée à la population, il m’a semblé que le moment était le bon pour me lancer dans cette aventure. En effet, la relation thérapeutique entre le monde professionnel de la santé et le patient est en pleine évolution : les institutions de soins développent de plus en plus d’alternatives à l’hospitalisation et aux soins classiques. Chaque citoyen, chaque patient, aspire désormais à être véritablement acteur de ses soins médicaux. Toutefois, le temps consacré à l’information manque aux professionnels, tandis que paradoxalement, il existe une surabondance d’informations liées à la santé sur les plateformes numériques et les réseaux sociaux. Dès lors, il est complexe de trouver un fil d’Ariane qui mènerait chacun à une information validée et pertinente. Or, dans chacun de ses ouvrages, il m’est apparu que la collection Santé en Soi relève le défi d’apporter sous une forme très accessible, une information médicale de grande qualité. Il m’a dès lors semblé assez naturel de participer au devenir de cette collection en tant qu’enseignant, en tant que médecin, et de devenir un acteur engagé pour permettre à chacun d’être plus autonome et informé face à la maladie.

« Chaque citoyen, chaque patient, aspire désormais à être véritablement acteur de ses soins médicaux »

Le directeur de collection a une place particulière dans une maison d’édition. Pour vous, quelles sont les qualités principales pour remplir au mieux cette fonction ?

Cette fonction est assez nouvelle pour moi-même si j’ai déjà participé à plusieurs comités de rédaction de revues scientifiques et universitaires. Je pense personnellement que le directeur de collection doit pouvoir combiner les atouts suivants :

  • La curiosité et l’éveil permanent face aux grandes questions qui se posent dans notre société.
  • La capacité de développer un angle de traitement du sujet qui soit original, utile et pertinent pour le potentiel lecteur.
  • Etablir un vrai partenariat avec les auteurs potentiels pour que puisse vivre une collaboration pérenne au service d’un projet commun.
  • Etre tenace afin d’atteindre son objectif, tout en sachant faire preuve de souplesse, de disponibilité et d’assertivité pendant tout le processus de construction du manuscrit.
  • Etre en contact étroit avec sa maison d’édition afin de ne pas s’éloigner de sa ligne éditoriale, ni du projet global que celle-ci incarne.

 

Mardaga existe depuis plus de 50 ans. Pour vous, quelles sont les forces d’une telle maison d’édition ?

Tout d’abord, il semble évident que la continuité et la qualité des ouvrages sont au rendez-vous dans l’ensemble des collections. Une maison d’édition qui tient de la sorte dans la durée ne peut être qu’une structure vivante, qui possède la capacité de s’adapter à un environnement qui évolue et qui est ouverte aux changements. Ce type d’évolution signifie aussi accepter de prendre des risques – que cela soit en matière d’auteurs ou de sujets abordés – tout en restant fidèle à l’ADN initiale : fournir des ouvrages de grande qualité, accessibles à tous, qui s’inscrivent aussi dans le temps.

« Une maison d’édition qui tient de la sorte dans la durée ne peut être qu’une structure vivante, qui a la capacité de s’adapter à un environnement qui évolue et qui est ouverte aux changements »

Les bons auteurs sont, également, la force des maisons d’édition. Quelles sont les qualités d’un auteur Mardaga ?

Après avoir parcouru l’ensemble des titres et des différentes collections, il me semble qu’il existe autant de typologies d’auteurs que de livres publiés. Néanmoins, une des qualités premières pour un auteur est d’être mobilisé et passionné pour le sujet qu’il développe. Heureusement, on retrouve systématiquement ce type de profil chez les experts sollicités. Être un expert ou une personne reconnue dans son champ de compétence ne suffit pas, il faut savoir raconter une histoire accessible et compréhensible par tous. Il y a donc un savoir et un savoir-transmettre à combiner au bénéfice du lecteur. Enfin, savoir tenir son engagement, respecter les délais, construire avec tous les acteurs de la maison d’édition ce que sera l’ouvrage final sont des qualités précieuses.

« Être un expert ou une personne reconnue dans son champ de compétence ne suffit pas, il faut savoir raconter une histoire accessible et compréhensible par tous. »

De façon plus personnelle, qu’est-ce qui fait que votre cœur penche plus vers tel ou tel manuscrit ?

Tout d’abord, le sujet, sa portée, son utilité pour le lecteur sont mes premières balises. Ensuite, la capacité à traduire cela dans une écriture de qualité, précise et juste

 

Mardaga, entre autres, s’est engagée dans le virage numérique en proposant à ses lecteurs une version ebook de ses ouvrages. Comment imaginez-vous le livre dans 50 ans ?

J’imagine que le livre sera protéiforme, en réponse à l’évolution des habitudes et des enjeux de lecture. L’important restera le contenu mais celui-ci sera modulé, augmenté ou diminué en fonction de l’accès choisi par le lecteur. Ainsi, je suis certain que le livre dans sa forme actuelle existera toujours et restera attractif. Il cohabitera avec des nouvelles modalités numériques de diffusion de contenu dont nous avons aujourd’hui un horizon partiel. La réalité augmentée et/ou mixte permettront au lecteur de nouvelles expériences qui stimuleront d’autres sens grâce au son, aux images de synthèses. Dans ce contexte, loin d’être devenu désuet, le livre papier restera peut-être une réelle opportunité d’expérience libre et non dirigée pour s’immerger dans un sujet et dans un récit.

« J’imagine que livre [de demain] sera protéiforme.  La réalité augmentée et/ou mixte permettront au lecteur de nouvelles expériences qui stimuleront d’autres sens grâce au son, aux images de synthèses. »

Lors de la réalisation de votre ouvrage, où cherchez-vous l’inspiration ?

Ailleurs que dans les livres de Mardaga.

 

Pour finir, que lisez-vous en ce moment ?

Je suis un lecteur boulimique qui dévore toujours plusieurs ouvrages en même temps. Actuellement, je termine, d’une part, Le grand combat de Tai-Nehisi Coates qui m’a amené à découvrir, dans le cadre de la culture hip-hop, le magnifique ouvrage illustré de Claudia Walde, Street Art XXL. D’autre part, un livre passionnant de Jean-Noël Fabiani : 30 histoires insolites qui ont fait la médecine. Je débute avec bonheur la superbe plume de Karim Amellal dans Bleu Blanc Noir. Enfin, je reviens régulièrement me perdre dans les pages des recueils d’aphorisme de Grégoire Lacroix On ne meurt pas d’une overdose de rêve et dans ceux d’Achille Chavée…